Laissez-vous inspirer par Dawn Dreams : Artiste de cirque contemporain
Ce mois-ci, nous sommes ravis de mettre en lumière Dawn Dreams, une artiste de cirque contemporain dont le travail brouille les frontières entre le récit corporel, la philosophie et une créativité profondément humaine. Reconnue pour son mélange évocateur de jonglerie de contact, de clown et d’arts du cirque au sol, Dawn apporte un regard réfléchi et sensible aux traumatismes à chacune de ses créations. Titulaire d’une maîtrise en études du théâtre, de la danse et de la performance de l’Université York — soutenue par une bourse du CRSH — elle continue de repousser les limites du cirque, tant comme forme artistique que comme mode d’enquête. Son esprit novateur lui a valu plusieurs subventions du Conseil des arts du Canada, notamment pour The Juggle‑Poetry Project et pour sa création-recherche solo de 2025, Descartes’ Terror, qui explore la dissociation philosophique et la fragmentation culturelle à travers sa pratique circassienne unique. Découvrez Dawn Dreams — explorez les idées et l’inspiration de cette artiste de cirque contemporain dans ce portrait puissant et approfondi.
Questions & réponses avec Dawn Dreams
Quand avez-vous commencé votre parcours artistique et quels étaient vos objectifs au départ?
J’ai commencé à faire de la performance de rue à Vancouver en 2005. Je m’étais amourachée d’un artiste de rue vivant à Londres, en Angleterre, qui était revenu pour une visite et me racontait toutes ces magnifiques histoires d’art de rue. Je n’avais jamais envisagé l’art dans ma vie. J’étais fascinée par la possibilité d’avoir la liberté de gagner de l’argent simplement en jouant dans la rue. Je venais de la banlieue de Toronto dans les années 90, un endroit qui me semblait dépourvu de culture. On ne m’avait jamais vraiment permis d’utiliser ma voix, alors décider de plonger dans cet univers était un geste profondément rebelle.
J’ai performé à Granville Island et devant la Vancouver Art Gallery, et j’ai fini par utiliser la performance pour voyager à travers le monde.
À l’époque, il existait un véritable stigmate associé au fait d’être un « mendiant dans la rue » en tant qu’artiste ambulante. Le cirque n’était même pas considéré comme un art par les normes du Conseil des arts du Canada. On était en train de standardiser les subventions pour le cirque ici au Québec, mais c’était de l’autre côté du pays, et c’était avant que l’internet n’ait une réelle capacité vidéo; tout le monde n’était pas encore passé au numérique, donc l’information n’était pas aussi accessible qu’aujourd’hui.
À quelle étape êtes-vous rendue maintenant?
J’en suis à un moment de ma carrière où l’accumulation de mes réflexions et la synthèse de tout ce que j’ai appris convergent dans une plongée théâtrale approfondie visant à se réancrer dans le corps, après que notre culture l’ait longtemps écarté comme mode de connaissance.
Je travaille sur des accessoires de jonglerie en forme de lettres (l’alphabet) depuis 2012. Je ne pouvais pas créer les accessoires que je voulais avant que l’impression 3D ne devienne plus accessible. Et maintenant, j’ai enfin obtenu la taille, le poids et ce que j’appelle la « jonglabilité » de mes lettres. C’est une grande victoire.
Je suis finalement en train de monter un spectacle qui réunit ces accessoires et des décennies de recherche et d’exploration culturelle. J’appelle ce spectacle Descartes’ Terror. Son nom fait référence à Descartes’ Error d’Antonio Damasio, et il explore la scission corps-esprit à partir d’une perspective incarnée, tout en analysant la méthodologie cartésienne par la pratique corporelle.
Quelles ont été vos plus grandes réalisations?
L’un des premiers grands spectacles que j’ai faits était avec le Kingston Symphony en 2016. Ce fut un moment déterminant dans ma carrière. Par la suite, j’ai réussi à obtenir une subvention du Conseil des arts du Canada pour créer les accessoires‑lettres en 2020, ainsi qu’une bourse du CRSH qui m’a permis de terminer ma maîtrise en études du théâtre, de la performance et de la danse à l’Université York. Tout cela m’a finalement ramenée ici, au Québec, où j’ai récemment remporté la subvention de recherche-création pour l’écriture de Descartes’ Terror, que je suis en train de rédiger.
Quels ont été vos plus grands défis?
J’ai eu énormément de mal à communiquer ce que je voyais dans mon esprit aux autres. Lorsque j’essayais de créer des accessoires‑lettres que je pourrais jongler, j’avais ces conversations avec des commerçants de plastique au début des années 2010, et je n’arrivais pas à leur faire comprendre le concept de tenir des lettres physiquement et de les déplacer pour écrire comme pratique corporelle. Il y avait toutefois une femme, propriétaire d’un magasin de mousse à Victoria (C.-B.), qui a compris ma vision et m’a fabriqué mon premier ensemble de lettres. Une fois les lettres entre mes mains, je pouvais enfin démontrer le concept, comme une image que je pouvais placer dans la tête des gens.
J’ai aussi du mal à rester dans les lignes droites que la culture nous impose. Je tire mon sens du monde à travers un point de vue spatial incarné. Lorsque je dois traduire mes pensées dans la réalité, je dois tout aplatir en une ligne droite bidimensionnelle — et cette traduction est difficile. Les gens ne comprennent pas les formes 3D que je visualise; je passe mon temps à traduire mes idées incarnées en langage. C’est comme essayer d’aspirer une montagne à travers une paille. Cela rend la finalisation des projets très difficile. Je consacre tant de temps à traduire la cognition incarnée en phrases rationnelles que j’avance lentement, mais profondément.
Quel problème viviez-vous avant de venir chez YES?
Je suis nouvelle à Montréal et j’essaie simplement d’apprendre et de comprendre la réalité actuelle de la scène artistique montréalaise. Le fait que YES mette de l’avant le travail de divers artistes me donne un aperçu de ce qui se passe en dehors de mon petit monde du cirque.
Qu’avez-vous découvert grâce à nos services? Qu’est-ce qui vous a le plus aidée?
En 2025, j’ai rencontré Caroline lors de la conférence Business Skills for Creative Souls de Yes Montreal en avril. Elle m’aide à déconstruire mon idée immense en petits morceaux pour que nous puissions avancer. Elle propose différentes ressources et nous discutons des idées ensemble. Se rencontrer toutes les six semaines me donne un moment précis pour observer où en est le projet, ce qu’il reste à accomplir, et me permet d’avoir quelqu’un qui me soutient pendant que, vous savez, j’écris un texte seule dans mon sous-sol.
Que pensez-vous des services reçus de YES?
Je trouve Yes Montreal inspirant et c’est formidable d’avoir une communauté d’artistes et de personnes qui se réunissent à l’occasion, formant un groupe d’ancrage pour celles et ceux qui vivent des défis similaires. L’an dernier, j’ai trouvé le discours de Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal, à la conférence d’avril, vraiment inspirant. C’est encourageant de voir de grandes institutions avoir les mêmes conversations que les artistes de rue entre eux. J’attends toujours avec impatience les rencontres, car elles offrent un regard sur ce que les gens font en ville. Cela m’expose aussi à une plus grande diversité dans les arts, ce qui me réjouit.
Avez-vous autre chose à partager?
Je crois fermement qu’il faut maintenir la performance de rue inclusive et accessible à tous. Je ne serais pas où je suis si je n’avais pas eu la possibilité de faire de la performance de rue. Beaucoup de gens ne rentrent pas dans le moule linéaire de la société, mais peuvent réussir lorsqu’on leur en donne la liberté. La performance de rue peut être le pain et le beurre de tout artiste débutant (et le meilleur art de rue prend des années à maîtriser).
Il n’y a rien comme un véritable « direct » en étant réellement dans la rue avec les gens. Chaque artiste devrait essayer, car on reçoit une rétroaction immédiate et authentique du monde réel. La performance de rue a façonné ma pratique dès le début, et je crois qu’elle est fondamentale pour mon art et pour la communauté. La performance de rue signifie être avec les gens. Toutes sortes de gens : des touristes, des personnes en situation d’itinérance, les commerces et leurs employé·e·s, les institutions publiques. Glen Hansard dit : « Si vous vous asseyez à un coin de rue à New York assez longtemps, le monde entier passera devant vous. » La performance de rue touche toutes les couches de la population, pas seulement votre public ciblé : tout le monde. Nous avons besoin d’un art accessible, ancré dans les moments quotidiens.
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